Dans le caza de Baalbek, un petit village du nom de Barqa (400-500 âmes à l’année) a attiré le 24 octobre une délégation officielle du ministre du Tourisme Son Excellence Monsieur Michel Pharaon, pour assister à un événement peu commun : la mise en terre de jeunes pousses de genévriers. Cette initiative est signée le « Royaume du Lezzeb » (genévrier), une ONG fondée en 2010 pour protéger et reboiser la région.

Le genévrier est un arbre millénaire, qui côtoyait les cèdres du Liban bien avant que la main de l’homme ne l’abatte, alors que cet arbre recouvrait les hauteurs de la Bekaa. Protéger et replanter cette espèce historique est la première mission de l’ONG « Royaume du Lezzeb » depuis 2010. Mais reboiser les environs de Barqa est plus qu’une tentative de lutter contre la déforestation, selon son maire, qui a accueilli le ministre du Tourisme Son Excellence Monsieur Michel Pharaon, lors d’une visite officielle le 24 octobre, en ces termes : « Il faut recentrer l’attention publique sur les régions rurales, et aider au développement du tourisme local. » Pendant l’inauguration de la toute nouvelle pépinière installée par l’association, le ministre a témoigné de son intérêt : « Je suis ravi d’être ici, pour moi c’est comme assister à l’ouverture d’un hôtel de luxe à Beyrouth ! Le tourisme rural fait partie de notre stratégie nationale. Il est essentiel de préserver la nature et l’environnement par la sensibilisation et les projets. » Le ministre a ainsi pu rencontrer les villageois impliqués dans le projet, planter un arbre portant son nom, visiter des maisons d’hôtes et déguster des produits locaux issus de l’agriculture biologique, notamment de savoureuses pommes, éléments essentiels de la vie économique de Barqa. Autant d’activités rendues possibles grâce au dynamisme communicatif du « Royaume du Lezzeb ».

Le genévrier, arbre de l’impossible

En 2010, l’association a commencé par protéger les arbres existants, dont l’âge est estimé, sans datation scientifique disponible, à 2000 voire 3000 ans, avant d’entamer le reboisement des montagnes environnantes. « Le problème de ces arbres est qu’ils ne repoussent pas une fois coupés, à la différence des chênes et des cèdres », explique Najoua Assaf, présidente de l’organisme. « À cette situation s’ajoute la déforestation, et le fait que leur reproduction est extrêmement compliquée. » En effet, le genévrier produit des baies que certains oiseaux mangent, libérant ainsi la graine qu’ils lâchent sous forme d’excrément dans des buissons. Ceux-ci les protègent des chèvres, avides des jeunes pousses de l’arbre, jusqu’à ce qu’ils atteignent l’âge de cinq ans et que leur tronc devienne trop amer pour elles. Ce processus étant très aléatoire et lent, les bénévoles se sont lancés dans le « pari impossible » de forcer la nature en faisant germer eux-mêmes des genévriers. « C’était un pari fou ! L’existence de l’arbre est en fait quasi miraculeuse », s’enthousiasme Najoua. « Bouchra Doueiri, une doctorante, nous a donné toutes les informations nécessaires au projet, et nous avons observé le processus naturel à toutes ses étapes, afin d’en tirer des indices. Nous moulons les baies afin d’en extraire les graines et se débarrasser de la résine, puis nous effectuons un test de flottaison pour faire un tri de viabilité. Ensuite, nous les gardons dans un frigidaire pendant 100 jours pour reproduire l’environnement très froid qui leur permet de germer, et pouvons enfin les planter en pépinière. Quand les jeunes pousses sont assez fortes, nous les plaçons en zone naturelle, entourées d’une grille de protection et en les arrosant au goutte-à-goutte jusqu’à leurs cinq ans. » En 2012, lors du premier essai, 50 graines ont germé. Forts de cette réussite, les participants au projet sont passés à 500 en 2013, pour atteindre 2500 cette année.

Les sympathisants peuvent adopter un arbre, qui portera leur nom, en faisant un don de 100 dollars à l’association. Un système qui semble fonctionner : cette année, 112 personnes ont adopté un genévrier du « Royaume du Lezzeb ». L’attention et l’intérêt que suscite l’initiative permettent cependant à l’ONG de travailler sur le développement économique et social du village.

Le tourisme rural au cœur de la vie de Barqa

Les habitants se sont en effet grandement mobilisés pour la réussite des activités de l’association, en aidant notamment à installer les premières pierres du tourisme local tout en mettant en valeur les produits du terroir, issus de l’agriculture biologique. « En dehors de la reforestation de Barqa, nous avons construit des maisons d’hôtes, et organisé des camps d’été pour que les jeunes se sensibilisent à la protection de l’environnement », détaille la Présidente de l’ONG. « Il est possible de camper, de se loger, de réaliser des randonnées, des promenades, des retraites spirituelles, des animations pour les enfants, toutes les formules sont disponibles ! » Des moyens étudiés pour revitaliser la vie économique, mais aussi sociale, du village. « Nous souhaitons que les gens restent, que d’autres arrivent, qu’ils vivent à Barqa ! » L’école est ainsi gratuite jusqu’au secondaire, un atelier de couture vient d’ouvrir ses portes aux femmes des agriculteurs, afin qu’elles disposent elles aussi d’un revenu fixe par le biais de ventes à Beyrouth, un petit dispensaire sert d’hôpital… Et ces initiatives semblent porter leurs fruits, selon Najoua : « La région commence réellement à revivre, cela fait plaisir de voir que les habitants reviennent dans ce petit village autrefois abandonné. » Et de citer l’exemple de cet ingénieur de Beyrouth, Dani Geagea, qui a décidé de s’installer à Barqa pour ouvrir une ferme d’autruches et qui s’intéresse maintenant aux canards, ou encore cet agriculteur qui s’est lancé dans la production de vin. « Désormais, nous avons des coopératives pour le pain, le lait, les produits locaux… Les habitants s’entraident, s’organisent, ils ont même creusé et goudronné eux-mêmes les routes menant aux genévriers ! »

Le « Royaume du Lezzeb » et les villageois ont encore fort à faire pour atteindre leurs objectifs, mais les premières pierres de leur réussite ont été installées avec succès. Aujourd’hui, ils espèrent des dons pour pouvoir améliorer et développer leurs activités, des bénévoles pour établir des circuits balisés pour la marche et le trek, des guides, mais surtout des touristes à qui faire découvrir leur magnifique région.

Florence Massena