ghassan

Lors du Marathon des Sables début avril, un seul Libanais, Ghassan Hajjar, participera à l’épreuve. Six jours de course, 250 km dans le désert, et tout ça pour une raison : les enfants soutenus par l’Association du Foyer de l’Enfant Libanais (AFEL), une organisation à but non lucratif au service de l’enfant défavorisé et de sa famille pour améliorer leur vie.

« Ici le possible est déjà fait, l’impossible est en cours. Pour les miracles, prévoir 48 h de délai » : c’est la devise de Ghassan Hajjar, promoteur immobilier libanais, qui s’est lancé le défi du Marathon des Sables. Il va y représenter l’AFEL Liban, qui accueille, aide, assure la protection, accompagne et renforce l’autonomie des enfants en difficulté, au travers d’un foyer d’internat, une école de rattrapage, et un centre d’externat. Pour l’occasion, l’association met en avant le nombre 0942, celui du dossard du coureur. « Courir un marathon requiert déjà des aptitudes et de l’entraînement, mais lorsqu’il s’agit de le faire dans le sable et sous le soleil, là on parle de véritable exploit, souligne Amal Farhat Bassil, secrétaire générale d’AFEL. En plus de l’endurance et de la détermination nécessaires pour une telle course, Ghassan a la générosité de courir pour L’AFEL, de vivre cette difficulté à tout faire pour survivre durant la course, alors que nos enfants ont subi les traumatismes et les agressions. Eux aussi font tout pour survivre, et être capables de faire face à tout. »

Pour elle, l’action du Libanais est un message d’espoir, pour les enfants qu’AFEL recueille mais aussi pour le pays : « Ghassan est un exemple des jeunes Libanais qui ont réussi dans la vie et tout fait pour rester dans le pays malgré tout. Il est une source d’inspiration et un exemple à suivre pour la nouvelle génération. Aussi, il a adopté notre cause et a voulu aider à sa façon les enfants qui souffrent de carences affectives, de privation, d’abandon et de séparation. » Amal Farhat Bassil tient également à souligner leur besoin d’aide et d’attention, nécessaires au maintien des activités de l’association : « Avec ce marathon, nous souhaitons créer une grande chaîne de solidarité, une conscience sociale, une plus grande sensibilisation afin d’améliorer le quotidien de nos enfants, grâce à vos dons et à l’encouragement de Ghassan. »

Un sportif au grand cœur

Parti en 1985 du Liban avec sa famille, Ghassan Hajjar n’a pu revenir que 20 ans plus tard avec sa femme et ses enfants, ce qui explique son envie de donner toujours plus à son pays natal. « Entrepreneur dans l’âme », il confie aimer « ces moments de naissance d’un projet, les heures de maturation de l’idée, la mise en place et le développement, qui sont des mois de réflexion et d’action, de ferveur et d’excitation, et aussi l’éclosion et la mise en marche du projet, la synergie des talents et la vitalité des échanges de compétences. » Il envisage sa participation au Marathon des Sables de la même manière, « comme un projet personnel, avec sérieux et détermination ». Son propre père est l’un des plus anciens membres de l’AFEL Liban, ce qui l’a poussé naturellement à rejoindre ses rangs : « Je suis père, et l’association se consacre au sauvetage de l’enfance. Aujourd’hui, un afflux de jeunes, dont je fais partie, vient redonner du souffle à une association qui bien qu’admirable et irréprochable dans son action sur le terrain, souffre d’un manque de médiatisation et d’identification, et se confond dans la multitude d’associations et d’ONG, ainsi que l’évolution des canaux de communication, regrette-t-il. En participant à ce marathon, je voudrais incarner la détermination, l’engagement, la foi dans le dépassement des obstacles. Je souhaiterais montrer à ces enfants que les obstacles que j’ai choisi de surmonter et qu’eux subissent, ne sont jamais insurmontables, et que la vie est pleine de ressources pour qui garde la foi en elle. J’aimerais tenter humblement de réhabiliter l’image d’un père ou d’un adulte défaillant pour leur donner une alternative positive et éviter la reproduction de ce modèle défaillant. »

Ce n’est pas la première épreuve de ce type pour le sportif : passionné de rugby, il s’est ensuite tourné vers la course à pied en rejoignant le club « InterLebanon », et a depuis participé à plusieurs marathons, au Liban et à l’étranger. « Cependant, le Marathon des Sables est une épreuve à part, car je n’affronterai pas seulement des concurrents ou moi-même, mais aussi l’absolu, un environnement âpre et hostile. Mais je suis sûr d’en sortir régénéré et nouveau, comme je le souhaite pour toutes ces petites victimes de la vie. »

Florence Massena