La semaine dernière, l’équipe de Tamyras était réunie pour un événement particulier : la remise des prix du concours Positive Lebanon, en partenariat avec l’AFEJ. Le but ? Motiver les journalistes en herbe et confirmés à contrer les informations déprimantes du quotidien en mettant en valeur, au travers d’un reportage ou d’un photoreportage, une initiative positive pour le pays.

Quatre lauréats, sur une quinzaine, ont particulièrement retenu l’attention du jury, composé de Tania Hadjithomas Mehanna, auteure et directrice de Tamyras, d’Elsa Yazbek Charabati, journaliste et directrice de l’AFEJ, ainsi que de Roger Moukarzel, photographe professionnel.

Le premier prix est revenu à Paul Jouanny pour son reportage sur un groupe d’étudiants libanais et français qui se sont investis dans le camp de réfugiés syriens de Minyara, dans la région du Akkar. Cet étudiant en master « Religions et Sociétés », en programme d’échange à l’USJ pour un mémoire sur la communauté maronite, a récemment décidé de s’engager dans l’humanitaire, d’où son choix de sujet : « Il s’agissait en effet de l’initiative de quelques étudiants du département de science politique de l’USJ, et notamment de Nour, une jeune fille très engagée que j’ai pu rencontrer par le biais de ma colocataire Teresa. Ce groupe était déjà intervenu auprès des enfants syriens du camp de Minyara à l’approche de Noël, en leur distribuant des chaussures et des vêtements pour l’hiver, obtenus grâce à une collecte et au financement d’organismes privés. L’idée était de leur apporter cette fois des livres pour l’ouverture d’une bibliothèque, mais aussi d’organiser pour eux une journée de festivités, afin de les sortir un peu de leur morne quotidien. C’était également l’occasion de promouvoir l’association et de faire prendre conscience de la problématique des Syriens dits “déplacés”. » La rencontre de Paul avec Nour lui a « ouvert les yeux sur la force et le potentiel de la jeunesse libanaise », et son article se veut un hommage « à ces jeunes, capables d’impulser, de soutenir et d’accompagner ce mouvement en réveil, qui contribue à mettre la lumière sur les événements du passé afin de mieux tourner la page ». Retrouvez son article ici.

Amélie Zaccour, qui a remporté le deuxième prix, travaille dans l’univers de l’édition et a choisi de se pencher sur « La politique jeunesse du Liban », un document de 136 recommandations élaborées par 14 ONG et les branches jeunesse des 22 partis politiques libanais, réunis au sein du « Youth Forum for Youth Policy ». « L’initiative reconnaît les 15-29 ans comme une population avec des besoins spécifiques sur le plan sanitaire, éducatif, démographique, social et culturel, explique-t-elle. Ce sujet m’a donné l’impression que le Liban avançait au moins dans un domaine politique, celui de la jeunesse, car cette politique jeunesse a été adoptée par le gouvernement en 2012. Il est rare de voir un projet associatif se transformer en programme politique, et des ennemis jurés de différents partis se mettre d’accord ! » Une démarche qu’elle estime positive du fait que ces jeunes « ont dépassé leurs différences sociales, culturelles, religieuses et politiques pour se concentrer sur leurs besoins communs et les faire reconnaître par le gouvernement ». « Cet esprit de consensus est indispensable pour sortir du blocage politique dont le Liban est prisonnier et devrait inspirer ceux qui nous gouvernent », estime la lauréate. Retrouvez son article ici.

En troisième position, on trouve Mélissa Mouzannar, étudiante en traduction à l’USJ, et qui a choisi de se pencher sur les activités de l’association Oui pour la Vie, une petite structure qu’ont lancée quatre amis sans grands moyens, au travers d’un photoreportage. « Je me suis rendue avec eux à Nabaa, au Nord de Beyrouth, où ils ont créé des liens avec la population d’un quartier pauvre délaissé par les ONG, raconte-t-elle. Ils ont parlé avec les familles, ont écouté leurs besoins, et ont tenté d’y répondre. Je pense qu’écouter ce que les gens ont à dire sur leurs conditions de vie est déjà un remède en soi, c’est du soutien moral, et les habitants montraient beaucoup de reconnaissance. » Pour elle, « toutes ces initiatives positives, loin du monde politique, permettent de conserver une bonne ambiance dans le pays ». Retrouvez son article ici.

Enfin, le quatrième lauréat Axel Huitric, également en programme d’échange à l’USJ, a réalisé un photoreportage sur un groupe de jeunes éleveurs de pigeons de Tripoli. « En me baladant près de la citadelle, j’ai remarqué ces jeunes avec leurs pigeons, perchés sur les toits, je suis donc allé les voir et ils m’ont expliqué leurs techniques de dressage, explique-t-il. Ils leur lancent des citrons à l’aide d’une fronde pour les diriger, le jeu étant de les emmener vers les pigeons d’autres groupes afin de les ramener, les oiseaux arborant des sortes de peintures de guerre, des perles, et même des cymbales ! » Il estime que « ce jeu leur permet de s’évader un peu de leur quotidien, des conflits et de la crise économique, ce qui est positif ». Une anecdote libanaise qui fait déjà rire ses amis français, rassurés, au final, de voir que le Liban, ce n’est pas que la guerre. Retrouvez son photoreportage ici.

Florence Massena