Il y a un an, le cinéma Al Hamra, lieu mythique de la vie culturelle de Tyr, qui a accueilli dans le passé des artistes tels que Chouchou, Mahmoud Darwish, Marcel Khalife ou encore Samira Tawfiq, a rouvert ses portes après 30 ans d’abandon. Cela a été rendu possible grâce à l’engagement de l’acteur Kassem Istanbouli, dédié à la reprise culturelle de la ville de son enfance.

Entrer dans le cinéma Al Hamra, c’est en quelque sorte fouler l’Histoire du Liban, poussiéreuse mais pleine d’une aura prestigieuse. Le rouge des murs est un peu fané, mais d’anciennes affiches de cinéma et des photos du lieu montrent que la majesté des lieux n’est pas loin, peut-être un peu perdue entre des vestiges d’anciennes bouteilles de soda, mais on la retrouve au contact froid des projecteurs, toujours présents, et à l’espace de la salle, pouvant accueillir 700 personnes. Construit en 1952, le cinéma n’a jamais souffert de la guerre, mais a été abandonné par la culture pendant 30 ans, avant que la vie ne l’envahisse de nouveau.

C’est l’acteur Kassem Istanbouli, né à Tyr et ayant étudié le théâtre à l’Université libanaise, qui est à l’origine de cette renaissance. Amoureux des espaces ouverts, il a arpenté les rues libanaises avant de s’envoler un peu partout, en Espagne, au Portugal, en France, en Hollande, en Turquie, au Maghreb, en Allemagne, en Égypte… avant de revenir chez lui. « Les origines de ma famille est dans le théâtre, confie-t-il. Mon grand-père était un hakawati, et mon père un adepte de théâtre. En 2009, celui-ci est décédé, et il avait le rêve d’ouvrir un théâtre à Tyr. C’est ce que j’ai fait avec la compagnie Istanbouli en 2011. Trois ans plus tard, je louai le cinéma Al Hamra et le nettoyai avec des amis et des volontaires. » Kassem et sa troupe organisaient déjà des événements culturels, notamment du théâtre de rue, et donnaient des cours aux jeunes de Tyr. La réouverture du lieu leur a donné un ancrage patrimonial fort : « L’espace a été occupé en 1977 par des soldats palestiniens, en 1982 par les Israéliens, et trois chefs de parti se sont rencontrés ici pour discuter ! On a même trouvé une caisse d’armes intactes… Cela représente un symbole fort pour les habitants, c’est toute une page de l’Histoire même de la ville que l’on tourne aujourd’hui. »

Une multiplicité de projets pour l’amour de la culture

Très vite, les projets ont abondé. Des carnavals réguliers, des films anciens projetés chaque semaine, des ateliers de théâtre, de cinéma… Tout est fait pour animer au mieux la ville de Tyr, délaissée par les activités culturelles, mais aussi pour lancer des messages de paix et de tolérance, pour les Palestiniens de Gaza sous les bombes israéliennes l’été dernier, par exemple. En novembre, c’était au tour du « Festival International de Courts-métrages », avec plus de 50 films projetés, dont certains pour la première fois en public, et la venue d’artistes et réalisateurs internationaux, de la Chine à l’Égypte en passant par l’Inde et Oman. Du 7 au 11 mars, l’équipe se prépare à ouvrir les lieux pour le « Festival International de Musique », en hommage à Wadih El Safi et Sabah.

Tous ses événements sont gratuits, et l’équipe peine à réunir les fonds pour organiser tous leurs projets, mais l’engagement des habitants, des bénévoles et d’artistes du monde entier aide à mener à bien les idées. « Si nous sommes chanceux et que nous en avons l’énergie, nous continuerons à reproduire les festivals d’une année sur l’autre, mais nous avons besoin de soutien, admet Kassem Istanbouli. C’est important de garder l’endroit ouvert et actif, de pérenniser son public et ses activités. » Important pour lui, mais surtout pour sa ville : « La culture est très importante dans toutes les villes, les gens en ont besoin. Ils ont besoin de rire et d’être heureux, et ont été contents de la réouverture du cinéma. Maintenant, Tyr est de nouveau sur la carte de la scène culturelle libanaise. »

Florence Massena