En 2012, un groupe de passionnés fonde FRAME, un collectif de photographes souhaitant réunir le maximum de gens, de tous les horizons et milieux, pour observer et documenter la ville de Beyrouth. Récemment, le groupe a lancé son propre site Internet, FRAME.life, une plate-forme pour rassembler la population autour de projets photographiques communs.

Beyrouth, ville qui inspire nombre de visiteurs et de locaux, d’écrivains, de journalistes et d’artistes, a son collectif de photographes attitré, FRAME. « Il s’agit d’une ville où le rythme du changement nous laisse souvent perplexes, confie Farida Helmy, en charge de la communication. Les divisions sociales, économiques et politiques se reflètent dans sa géographie urbaine. » Afin de mieux rendre compte de ces mouvements, en 2013, le collectif a lancé le Marathon Photos de Beyrouth, une quête urbaine annuelle où les participants, par petits groupes, suivent des indices et des thèmes de photographie pendant toute une journée. Deux marathons plus tard, l’équipe de FRAME en veut plus et lance FRAME.life.

Documenter Beyrouth

« L’idée, qui a commencé d’abord avec une collaboration entre les organisateurs, les développeurs, designers, photographes et amateurs de Beyrouth, a connu une croissance organique dans une nouvelle vision : une plate-forme pour des actions collectives en photo-documentaire, explique Farida Helmy. Il s’agit d’un outil d’action photographique sur le terrain, qui rassemble les gens pour examiner des sujets en même temps grâce à une documentation visuelle et la “maison-mère” pour un photo-documentaire collectif. » Le site permettra de mettre en avant les profils et les photographies de tous les participants aux événements, qu’ils pourront lier à leurs médias sociaux. Une simple recherche par filtres sur les événements, les thèmes et dates devrait aider le public à s’y retrouver.

La principale mission de ce site est « d’informer, documenter, et publier ». Ainsi, un magazine pilote vient tout juste d’être lancé en ligne, où l’on peut le télécharger. La jeune femme précise la démarche : « Nous sommes d’abord en partenariat avec les organisations et les experts sur une question, qui peuvent donner des présentations de base importantes à des photographes (informer). Puis ceux-ci reçoivent une série de thèmes reliés à cette question qu’ils viennent d’étudier et prennent une photographie par thème (documenter), qu’ils envoient à leur profil sur FRAME.life, et nous en sélectionnons certains afin de les inclure dans notre magazine, contenant des articles sur le sujet (publier). » Ainsi, les photographes viennent collectivement illustrer des informations accessibles au grand public.

Mais pourquoi se concentrer uniquement sur la photographie, à l’ère de la multiplication des médias et supports ? « Nous croyons que le langage de la photographie a la capacité de transcender les barrières de langue et de culture, estime Farida Helmy. Le modèle de documentaire collectif est aussi une manière positive de souligner à la fois les similarités et les différences au travers de lieux et cultures, se rapportant à des thèmes et concepts spécifiques. » Une manière également d’impliquer la société, les gens, sur des questions qui les touchent au quotidien, au travers d’un regard propre défini par leur lieu de vie. Ainsi, pour le premier « Collective Photo Actions », FRAME a choisi de s’allier à des ONG, Nahnoo, Train/Train et Public Works, toutes spécialisées dans le développement urbain à Beyrouth, « où la vitesse du changement peut parfois être déroutante, et où les citoyens ont rarement leur mot à dire dans la façon dont leurs communautés évoluent ».

Plusieurs actions similaires sont prévues en 2015 et 2016, avec des thèmes différents, et toujours avec plus de partenariats en vue. « Nous cherchons à collaborer avec des organisations et des individus en-dehors du Liban, qui pourraient prendre part à de futurs marathons et organiser des actions collectives de leur côté. » Le magazine a pour l’instant vocation à mettre en lumière les tendances dans les choix des photographes, mais contiendra bientôt des articles de fond et des contributions d’experts sur certaines questions.

Florence Massena