insan

Dans le cadre d’un module d’éducation civique et morale intitulé « Inégalités et discriminations au Liban », deux classes de Seconde du Lycée Abdel Kader accueillaient jeudi 03 décembre l’association INSAN pour clôturer un premier cycle d’études dédié au cas des travailleurs domestiques.

Le Lycée Abdel Kader (LAK) met cette année l’accent sur l’engagement citoyen. Il a notamment mis en place, en partenariat avec l’association arcenciel, un système de tri sélectif des déchets. Le programme d’éducation civique et morale s’inscrit bien évidement au cœur de cette politique de l’établissement, axée sur la formation des jeunes citoyens de demain. Un programme au contenu relativement libre cependant, laissé à la discrétion des enseignants. Le professeur d’Histoire-Géographie des Secondes 2 et 3, M. Sami Ouchane, a ainsi choisi de s’attaquer à des thèmes de société que d’aucuns qualifieraient de tabous. À commencer par la question des employé(e)s de maison, que l’association INSAN connaît bien.

Devant cette assemblée de citoyens en herbe âgés d’une quinzaine d’années, Mme Randa Dirani commence par une brève présentation de l’association. Cent pour cent libanaise, INSAN comporte plusieurs volets, qui concernent principalement les droits des migrants et des réfugiés : scolarisation des enfants laissés pour compte du système libanais au sein de sa propre école de remise à niveau, gestion d’un foyer, suivi psycho-social, assistance légale ou encore recherche et propositions de lois. La responsable des relations publiques de INSAN rentre ensuite dans le vif du sujet en abordant le système de la kafala qui, faute de loi, régit les rapports entre l’employeur et l’employé(e) – dans quatre-vingt-quinze pour cent des cas une femme. En effet le Code du travail libanais ne couvre pas le cas des travailleurs domestiques ; si un pas a été fait dans ce sens avec l’apparition d’un « Contrat unifié standard », aucune loi n’a encore vu le jour. Une situation qui de fait favorise le patron, en privant son employé(e) d’une quelconque protection légale. L’association milite donc pour l’intégration du statut des travailleurs domestiques dans le droit libanais tout en rejetant, par refus de toute forme de discrimination, l’éventualité d’une loi qui leur serait spécifique. Tom Devroye prend ensuite le relais pour présenter les conclusions de sa recherche concernant les agences de recrutement. Le Liban en compterait plus de six cents dont une centaine à Beyrouth, qui profitent là encore d’un néant juridique pour pratiquer des tarifs élevés (plusieurs milliers de dollars) en échange d’un service souvent minimum : un suivi de trois mois et aucune solution en cas de mésentente entre le (ou la) migrant(e) et la famille qui l’engage. En sa qualité de bénévole, cet étudiant belge de vingt-deux ans ne manque pas de vanter les vertus d’un tel engagement à son auditoire, désormais en âge selon lui de s’investir. Également volontaire pour INSAN depuis plus d’un an, Eline Caillaud entreprend quant à elle de conclure la séance par une mise en situation sous la forme d’un jeu de rôle. Voilà nos adolescents transformés qui en agent de recrutement, qui en employeur, en défenseur des Droits de l’Homme ou dans la peau de Magdaline, jeune travailleuse émigrée. Un personnage fictif bien sûr, victime d’un scénario inventé de toutes pièces par la jeune Française mais qui semble tout à fait réaliste, à en juger par l’implication des protagonistes qui se prêtent au jeu sans réserve. À la fin de la séance, quelques uns d’entre eux viendront demander le numéro de téléphone de l’association, ou se renseigner en vue d’un éventuel engagement. Un grand gaillard proposera même timidement l’aide de sa mère, qui occupe un poste haut-placé au sein d’un ministère…

Les intervenants se montrent satisfaits de cet échange, et soulignent l’important travail réalisé en amont par le professeur. Ils rencontrent ensuite le proviseur adjoint, M. Xavier Auger, qui leur fait part de son propre enthousiasme mais également des ambitions de l’établissement concernant ce programme d’éducation civique et morale. Le LAK envisage en effet d’imposer dès la rentrée prochaine à l’ensemble des élèves de Seconde la réalisation d’un micro-projet individuel de leur choix, ce afin de les impliquer concrètement dans la vie citoyenne. Sera même évoquée au cours de ce bref échange l’éventualité d’un partenariat entre le lycée et l’association INSAN. Affaire à suivre, donc, mais une première étape d’ores et déjà réussie qui place ce module « Inégalités et Discriminations au Liban » sous les meilleurs auspices. Les prochaines séances aborderont la question des personnes handicapées et de leur intégration dans la société ; un chapitre qui devrait également se conclure par la rencontre avec un organisme spécialisé dans ce domaine.

Paul Jouanny