syriens

Selon l’Agence des Nations Unies pour les Réfugiés (UHNCR), les besoins d’éducation dans la population des réfugiés syriens au Liban sont très forts : 400 000 enfants sont en âge d’aller à l’école. Afin d’aider ces enfants confinés aux drames et à l’exil et de leur assurer un avenir, la fondation Kayany a construit et développé quatre écoles au Liban, trois à Bar Elias et une à Anjar, en collaboration avec le UHNCR, Unicef, Save the Children et l’Université Américaine de Beyrouth.

En 2013, frustrée de voir des enfants en dehors des écoles lors de ses missions d’aide dans les camps informels des réfugiés syriens au Liban, Nora Joumblatt décide de se lancer, avec des proches, dans le développement de l’accès à l’éducation de ceux-ci. « Les enfants sont les premières victimes de la guerre, estime la fondatrice de Kayany. Nous avons perdu une génération d’enfants pour la Syrie ! Il était temps pour moi d’agir sur le terrain. » Au lieu de simplement donner des fonds aux ONG et écoles déjà sur le terrain, elle s’est attaquée à la construction d’établissements scolaires après une opération de demande de fonds, à laquelle de nombreux donateurs privés et institutionnels ont répondu, et a développé le projet pilote avec AUB. « Je ne voulais pas que ces écoles soient encore dans des tentes… Déjà pour les températures, insupportables en été et en hiver à ces hauteurs. Mais je souhaitais aussi donner un sentiment de normalité, avec de vrais murs pour les accueillir, et des classes totalement équipées. » En seulement un an de travail, environ 1300 élèves profitent des cours dispensés dans ces établissements hors normes, et 120 ont pu être intégrés depuis dans des écoles publiques libanaises.

Mais il ne s’agit pas que d’installer quatre murs et un toit. Des toilettes sèches et un système de distribution d’eau sont aussi mis en place, afin que les élèves puissent avoir une bonne hygiène durant leur temps scolaire. Kayany fournit également deux costumes scolaires, des chaussures, les livres, manuels et matériel nécessaires à l’apprentissage. Et, bonus appréciable pour des enfants qui n’ont pas forcément accès à une alimentation régulière, un snack et un déjeuner sont fournis à tous. Dans l’école de la localité d’Anhrye, par exemple, on peut même trouver une bibliothèque, avec des ouvrages adaptés à tous les âges et niveaux, en arabe et en anglais. 14 professeurs, la plupart syriens avec deux libanais pour les cours d’Anglais, s’y partagent 400 élèves issus des camps informels des alentours. Les petits le matin, les grands le soir, afin de ne pas les empêcher de travailler dans les champs avec leurs parents. Au programme : anglais, arabe, mathématiques, sciences, géographie, mais aussi éducation civique, de l’hygiène personnelle au vivre-ensemble en passant par la sécurité alimentaire.

Une organisation bien ficelée pour un meilleur développement de l’enfant

La responsable éducative de l’école d’Anhrye, Greta Fahel, une Libanaise travaillant depuis six mois avec Kayany, gère d’une main de fer le personnel éducatif. « Nous avons quatre jours de formation pour les professeurs avant qu’ils ne commencent les cours, et nous effectuons un suivi et des réunions hebdomadaires avec eux, détaille-t-elle. Le programme est préparé par l’ONG libanaise Ana Aqra, dont je fais partie. Je suis moi-même professeure dans les écoles publiques libanaises depuis 20 ans, donc je sais ce qu’il faut faire selon les âges et niveaux. Nous disposons de manuels de préparation, et le programme est revu avec attention. » Autre garantie du bon déroulement des choses : « Les professeurs vivent dans les camps ou dans les localités aux alentours, ce qui assure une proximité géographique mais aussi émotionnelle avec les enfants. »

Dans une autre école tenue par Kayany, à Tiliani, environ 300 élèves profitent du programme éducatif. Dans la cour, des décorations printanières attirent l’œil : ce sont des décors installés par les enfants et l’équipe éducative, souhaitant leur montrer ce qu’est réellement le printemps. « On leur a montré ce que sont les fleurs, les oiseaux, les animaux, afin de les rendre curieux et ouverts sur le monde », explique Samia Saleh, une Libanaise professeure d’anglais. Il s’agit d’une technique éducative développée par l’équipe de jeunes professeurs, motivés et dynamiques. « On cherche à rendre les élèves toujours plus actifs et heureux, développe Rana, une autre professeure d’anglais. L’enseignement amène à développer la créativité, à fournir des efforts, et je constate que cela porte ses fruits avec les enfants. Ils sont moins agressifs, plus actifs, la différence est vraiment étonnante en un an ! »

Florence Massena