Le 25 octobre, Aïshti a célébré l’ouverture d’un bâtiment permanent, servant de lieu d’exposition, pour sa Fondation, à l’espace SeaSide. Cette ouverture marque le début officiel des activités artistiques voulues par la compagnie et le fondateur de la Fondation, Tony Salamé, amateur d’art dans l’âme, et qui se concrétiseront plus prochainement avec l’ouverture d’un espace de 20 000 m² dans les Souks de Beyrouth.

Mêler la mode à l’art ? Un pari réussi par Tony Salamé, à la tête de la Fondation Aïshti, collectionneur depuis son plus jeune âge. Tapis, timbres, livres anciens, toiles du 18e et 19e siècles, meubles… Une passion qui l’amène à se familiariser avec l’arte povera, un mouvement artistique moderne italien, et à côtoyer de grands artistes, directeurs de musée, curateurs et marchants d’art, rassemblant près de 2500 œuvres en 15 ans. En 2005, l’envie se fait sentir d’un lieu d’exposition, actuellement conçu par l’architecte Zaha Hadid sur le site de l’ancien Khan Antoun Bey, au centre-ville de Beyrouth. Entre-temps, l’espace Aïshti SeaSide s’agrandit, grâce au travail de l’architecte David Adjaye à qui est confié le développement d’un grand magasin de luxe doublé d’une fondation qui accueillerait sa collection et l’ouvrirait au public. « Son but est de “rendre à la société”, explique Fifi Abou Dib, responsable de la communication de la Fondation. Plus précisément, créer tout un environnement favorable à un certain art de vivre qui engloberait les plus belles maisons de mode, un spa extraordinaire, une pisicine, une librairie spécialisée, des restaurants, ainsi qu’un immense belvédère paysager en bord de mer offrant une exposition de sculpture. »

Derrière ce projet de luxe, il s’agit de redonner à Beyrouth ses lettres de noblesse : « A une époque et dans une région vouée aux guerres et à la destruction, notamment de son patrimoine artistique et archéologique, l’objectif du musée est de restituer à Beyrouth sa place phare, culturelle et artistique, désormais occupée par Dubaï. Tony Salamé est convaincu, pour les avoir vus fonctionner et avoir attiré 400 d’entre eux dans sa ville, que les amoureux de l’art sont prêts à se déplacer de loin pour découvrir une pépite ». Mais pas d’élitisme à l’entrée ! La Fondation est ouverte à tous, et l’entrée est pour l’instant gratuite. « Si elle le devient, pour des raisons de contrôle et de sécurité essentiellement, ce sera à un prix symbolique, détaille Fifi Abou Dib. Les écoles seront exemptées de droits d’entrée. Une petite académie d’art à l’intention des enfants sera fonctionnelle dès le début de la nouvelle année, ainsi qu’une bibliothèque. »

Pour commencer cet ambitieux projet, l’exposition « New Skin » a été sélectionnée et conçue par le directeur du New Museum de New-York, Massimiliano Gioni. « C’est le titre d’une œuvre maîtresse de la collection, réalisée par Alice Channer. Mais c’est aussi tout un thème qui fait résonner une sélection de 200 œuvres avec l’architecture de la fondation et la coque d’acier qui représente elle aussi une “peau neuve”. L’idée de Gioni était par ailleurs de créer un dialogue visuel entre des œuvres qui présentent une certaine similitude par la démarche de leurs auteurs, ainsi qu’un autre dialogue entre le manuel et le digital et tous les contrastes et fractures qui expriment la transition entre deux millénaires caractérisant notre époque. » Mais la principale œuvre de la Fondation en est le bâtiment lui-même, avec une grande coque d’acier rouge rappelant des toits de tuile, mais également la moucharabieh (dispositifs de ventilation) de l’architecture moyen-orientale, avec des salles hautes de 7 m.

Les curieux, amateurs et professionnels de l’art, ne devraient pas s’ennuyer, avec 2500 pièces à montrer et un programme d’exposition changeant tous les trois à six mois. Dès mi-janvier, la Fondation ouvrira les portes des espaces de loisirs, tandis que la promenade en bord de mer est déjà partiellement achevée, ornée d’un arbre de l’artiste de l’arte povera, Giuseppe Penone. Les lieux sont ouverts du mercredi au dimanche, de 12h à 20h.

Florence Massena