La musique adoucit les mœurs, c’est un dicton bien connu. Et si elle pouvait en plus unir les gens en extérieur, librement, tout en faisant prendre conscience de son environnement ? C’est le pari de l’initiative Urban Pins, lancée par Sabine Saba, qui a créé un banc musical, le « Music Bench », construit à partir d’éléments recyclés pour les amateurs de musique de rue, et présenté au public lors du « Green Hub » organisé le 3 octobre par Tamyras et la Fondation Azadea.

Après un long séjour à Florence, en Italie, l’architecte Sabine Saba a réalisé à quel point la musique publique affecte la qualité de la vie en ville. « Les villes m’ont toujours intriguée, et en particulier Beyrouth, explique Sabine Saba. Ce projet a commencé il y a plus de deux ans avec l’événement Bonfest, qui a réuni les grands groupes libanais sur les rives publiques de Byblos. Il a été maintenu privé afin de voir comment les gens réagiraient, et le retour était incroyable. Toutefois, l’objectif était de cibler Beyrouth après-coup, et d’être en mesure de changer les choses sur le long terme. Marcher dans Beyrouth en présentant notre Music Bench a beaucoup aidé. » Pourtant, les trottoirs de la ville, étroits et discontinus, n’invitent pas au confort urbain, et les piétons ne peuvent apprécier marcher dans ces conditions. La jeune architecte a donc conçu ce projet pour remédier au stress causé par ces conditions.

Fruit d’un grand nombre de projets et d’études, le banc a donc été conçu comme une pièce compacte ne prenant pas beaucoup d’espace et servant à soulager les tensions au travers des instruments qu’il contient. « La musique est un outil de communication pacifique, et crée des interactions intéressantes entre les piétons. » Au nombre de quatre pour le moment, ils devraient servir entre autres à diffuser la culture de la musique, créer des liens, soulager le stress, ajouter de la qualité à la vie urbaine de Beyrouth, animer les espaces publics en leur donnant un sens, ainsi que développer le sens de collaboration humaine et l’esprit d’équipe.

« Le banc est fait pour quatre personnes, et a une hauteur normale, détaille la fondatrice du projet. La partie haute abrite un xylophone fait de clés usagées, tandis que les côtés inférieurs accueillent des cajons à double face, qui offrent différentes possibilités en matière de percussion. Les caractéristiques de chacun de ces quatre bancs changent d’une zone d’hébergement à l’autre. Ils sont conçus pour accueillir un certain contexte urbain et répondre aux préférences musicales de ces piétons particuliers. Par conséquent, les instruments intégrés sont soigneusement choisis pour correspondre à la culture musicale urbaine dominante dans chaque zone. » Pour réaliser ces designs urbains, l’équipe a utilisé majoritairement des débris de bois, en collaboration avec Brut L’Atelier, compagnie spécialisée dans l’upcycling, la réutilisation d’objets. « Nous avons fait ce choix non seulement par respect pour l’environnement, mais aussi parce que les morceaux anciens donnent du caractère à l’objet, ainsi qu’une certaine inspiration. »

Aujourd’hui, l’équipe d’Urban Pins cherche un financement pour la production de toute une série de bancs qui seront dispersés dans Beyrouth. Avec, sur le long terme, l’espoir d’organiser des ateliers musicaux pour diverses communautés partout dans le monde. Mais ce n’est pas tout. Elle a aussi en vue la question des moyens de transport, et en particulier le taxi-service, avec l’idée d’organiser le chaos ambiant et d’améliorer l’expérience des usagers.

Florence Massena