Une équipe de tournage internationale vient de passer deux semaines au Liban, dans le but de produire un documentaire de voyage sur les spécialités culinaires, en visitant Tyr, le Chouf, la Bekaa, Tripoli, Batroun et bien entendu Beyrouth. Au cœur du projet, le chef australien Ben Williamson, qui a découvert de nouvelles saveurs et s’est attaché à les retranscrire à sa façon.

Il a fallu toute une équipe et une collaboration internationale pour réaliser ce projet de documentaire. Ainsi, il a réuni Johnny Mubarak, réalisateur de documentaires et restaurateur libano-australien, Ben Williamson, son protégé et l’un des chefs les plus connus d’Australie, Georges Yazbeck, réalisateur libanais basé à New-York depuis 12 ans, et Donna Marie Feghaly, architecte d’intérieur et designer vivant au Liban. Il s’agit du premier projet de la nouvelle plate-forme qu’ils ont lancée, « PIL, People Interaction for Liberty ». « C’est une plate-forme culturelle qui inspire les gens positivement et les connecte à travers l’art, explique Donna Marie Feghaly. Elle offre la possibilité à de nouveaux artistes de collaborer ensemble et de promouvoir des messages positifs et universels qui inspirent le Liban et le monde entier. Le langage de l’art n’a pas de frontières. » Heureuse de cette première expérience dans la production, la jeune femme est aussi émue du résultat de ces mois de travail : « Johnny m’avait donné ses directives, mais étant la seule parmi l’équipe qui vit au Liban, il m’a permis de façonner en quelque sorte l’aventure qu’on a vécue. Je suis très attachée émotionnellement à ce documentaire, car c’était une opportunité de leur montrer mon Liban à moi. »

Un autre Liban, vu par des passionnés

Au-delà de l’aspect artistique et collaboratif, l’engagement des acteurs du documentaire envers le Liban est sincère. « Il s’agit de changer la mentalité des gens et de leur perception d’autrui, ajoute Donna Marie. En faisant une belle promotion du Liban en Australie, l’Australien changera son idée reçue de son concitoyen d’origine libanaise et de ce petit pays qu’il va découvrir. Le Libanais qui vit en Australie et qui ne connaît son pays qu’au travers des médias et de ses souvenirs de guerre, découvrira une toute autre facette d’un pays où toutes les religions et les régions sont ouvertes d’esprit, et où il existe un vrai respect mutuel. Mais aussi, le peuple libanais, qui dans sa majorité vit dans des périmètres minuscules et dans la peur d’autrui, découvrira une tout autre réalité. » Ce pari a été rendu possible grâce au financement et à la direction de Johnny Mubarak, qui s’est appuyé sur Donna Marie Feghlay pour les contacts et la production sur place, ainsi que sur le tourneur d’images George Yazbeck, revenu spécialement pour l’occasion.

« C’était mon rêve de venir au Liban pour y tourner un documentaire, décrit Johnny Mubarak. J’adore ce pays et j’adore la nourriture, c’est l’un de mes métiers ! Finalement, tout ce que j’aime dans la vie s’est retrouvé ici, lors du tournage. Avec Ben Williamson, qui a passé beaucoup de temps au Proche-Orient, nous voulions ouvrir un nouveau restaurant basé sur le patrimoine libanais. Je lui ai parlé de cette idée de documentaire, et il a accepté avec enthousiasme. Nous revenons avec des menus, des idées, pour une cuisine progressive mêlant les techniques modernes aux saveurs libanaises. » Le restaurateur a suivi le chef pendant tout le tournage, découvrant en même temps que lui le savoir-faire de son pays d’origine. « On a surtout rencontré des gens du terroir, qui font tout à la main, de la cueillette du zaatar à la cuisson du pain sur le tannour, mais pas seulement. Notre voyage comportait aussi des rencontres avec des artistes, designers et architectes, qui renvoient une image positive du pays, comme Nada Debs, Youssef Haidar, Aziza, Yazan… Le Liban, ce n’est pas seulement de la nourriture, c’est de la culture, du partage et de l’amour. Tous sont humbles et incroyables à la fois. »

Pour Ben Williamson, le chef au centre du documentaire, il s’agissait surtout « d’utiliser la culture culinaire comme un pont pour démystifier le Liban aux gens de mon pays ». Lui-même a déjà séjourné à Beyrouth, et a fait du snowboard à Faraya, il y a huit ans, ce qui l’a aidé à appréhender différemment le pays. « Depuis cette expérience, et mon travail avec la famille de Johnny pendant les trois dernières années et demie, je me suis rendu compte que les médias australiens se focalisaient trop sur les problèmes de la région, estime-t-il. Nous souhaitons ardemment exposer les réalités et les aspects positifs ! L’image que j’ai désormais, c’est l’espoir d’un futur meilleur, basé sur un changement positif et une réelle croissance. » Il souligne également le « calibre des personnes rencontrées », et « la fatteh la plus savoureuse, à Bourj Hammoud ». Ben Williamson repart avec des devoirs de perfectionnement, notamment le labneh anbariz, qu’il essaierait de reproduire chez lui l’été prochain, et la confection du kishk à la main.

Le documentaire nécessitera deux mois de post-production, et sera probablement diffusé sur les télévisions australiennes, et projeté au Liban.

Florence Massena