En ce qui concerne la conduite au Liban, le chaos semble être la règle. Pourtant, différentes associations et ONG luttent au quotidien pour changer la donne. C’est le cas de YASA et de Roads for Life qui ont permis l’aboutissement d’un projet de loi concernant la sécurité routière, soit une vision moderne des règles de conduite au Liban.

Environ 1000 victimes de la route par an, c’est le chiffre avancé par l’organisation Roads for Life. La loi du code de la route actuelle date des années 50, et une nouvelle loi censée la mettre au niveau de la législation internationale a été votée en juillet 2012 par le Conseil des ministres, mais est restée dans les tiroirs du Parlement. YASA et Roads for Life organisent alors un sit-in devant l’institution, avec la participation des écoles. Le gouvernement Mikati prend donc la décision, inconstitutionnelle, de retarder l’application de celle-ci au profit de l’ancienne loi, en s’appuyant sur des failles législatives. Les deux organisations déposent alors plainte auprès de la Haute Cour de Justice, instance consultative sans valeur obligatoire, qui leur donne raison. La nouvelle loi est retournée et acceptée en 2013, mais ne devrait être publiée dans le journal officiel qu’en avril.

YASA a participé à l’élaboration de ce nouveau code de la sécurité routière à travers des discussions avec le comité des transports et des travaux publics au Parlement, dès 2005. Le point principal est la mise en place d’un permis à 12 points, associé à des amendes plus importantes, comme l’explique Georges A. Metni, membre de l’ONG : « Chaque violation du code fait perdre un nombre précis de points, selon son intensité, et quand un conducteur a perdu tous ses points le permis est suspendu pendant six mois, période pendant laquelle il est obligé de repasser le test. Par exemple, griller un feu rouge équivaut à une amende entre 500 000 et 700 000 LBP et à 4 points en moins. Ne pas utiliser la ceinture, 450 000 LBP et 3 points, etc. » Tous les détails de cette loi se trouvent sur leur site web.

« Nous espérons que la loi sera appliquée dans son intégralité, en particulier au niveau des amendes, renchérit Zeina Kassem, fondatrice de Roads for Life. Sans une loi solide, on ne va jamais changer la situation, et on a travaillé fort pour que cela arrive. » Le secrétaire général de l’association, Rony Alpha, met en valeur « le côté pénal, car désormais tuer accidentellement quelqu’un sur la route sera un crime, et non plus un délit ». « Je ne suis pas très optimiste quant à l’application du texte, mais cette fois même la date a été fixée, les FSI sont impliquées, donc j’ai plus d’espoir qu’avant, ajoute-t-il. Quand on change de culture, on change d’attitude ! »

YASA est une ONG établie en 1996 après la mort de Tarek Assi, étudiant à l’AUB, dont le but est de créer un niveau plus élevé de conscience et d’engagement envers la sécurité routière, afin de réduire le nombre de blessures involontaires causées par les accidents de la route, au Liban mais aussi dans 14 autres pays du monde. Entre autres, cela passe par la communication avec les politiciens, afin de les convaincre d’agir concrètement et d’organiser des plans concernant l’éducation et le contrôle routiers. Sur le terrain, YASA s’efforce de promouvoir les différentes campagnes sur la sécurité routière, l’importance des jeunes dans la conscience des dangers et l’éducation, d’organiser des conférences, ateliers et séminaires, mais aussi des programmes d’entraînement de conduite (DIP) et de premiers secours, d’intervenir dans les écoles. La dernière campagne, « Don’t text and drive », par ses affiches choc, a réussi à retenir l’attention des conducteurs. L’ONG a également mis en place des terrains d’entraînement pour les jeunes, afin de contrer l’effet du manque d’apprentissage dispensé dans les auto-écoles libanaises.

Roads for Life, le Fonds Talal Kassem pour le soin post-accident, est une organisation non-lucrative établie en 2011 en mémoire du jeune Talal Kassem, tué par une voiture lors de la traversée d’une route. Son objectif est de sauver le plus de vies possibles au Liban et d’améliorer les chances de survie des victimes, à travers des formations sur les techniques les plus avancées de soins post-trauma du personnel médical, des urgences, des paramédicaux et des infirmiers. En effet, si la victime d’un accident de la route est prise en charge lors de la première heure, appelée « the golden hour of trauma », par un personnel compétent et capable de réagir dans l’urgence, elle a plus de chances de s’en sortir. Pour cela, la Fondation communique énormément sur l’importance de ces formations, ainsi que sur la nécessité d’une loi moderne pour réguler la circulation. Dernièrement, les cours ont aussi évolué vers la prévision de catastrophes naturelles et des réactions nécessaires de la part des secours. L’armée est également intégrée aux objectifs de l’association, avec des entraînements concernant notamment les premiers secours.

Florence Massena