Afin de trouver des fonds supplémentaires, des ONG et associations collaborent parfois avec des artistes qui leur versent les sommes perçues des ventes lors d’expositions. C’est le cas de himaya, organisme venant en aide depuis 2008 aux enfants abusés et forcés à travailler, se prostituer et se marier. Du 15 au 25 avril au Gray, la photographe Maya Alameddine a exposé son travail « Because of you », dont les fonds serviront à aider himaya dans ses missions.

Autodidacte et artistique, Maya Alameddine est avant tout une photographe indépendante de talent, capable de saisir le moment et le sublimer. D’abord inspirée par ses enfants, avoir un appareil entre les mains, « ainsi qu’un livre », souligne-t-elle, est vite devenu essentiel, comme « une quête de l’histoire cachée et du moment volé ». Ainsi, elle se retrouve souvent dans la rue, à la recherche du quotidien des gens, « dans un cadre assez discret par rapport à leur intimité », mais aussi chez eux, moments qui deviennent comme « des séances de thérapie pour mes modèles, des amis d’ailleurs, car ils extériorisent devant mon appareil tous leurs fardeaux ». Elle les met ainsi en confiance, avec de la musique et des images choisies. « J’insiste sur la sincérité des émotions et la confiance, explique-t-elle. La photo de nu règne sur la liste de mes préférences, je souhaite casser le tabou social en respectant l’éthique et la moralité. La pudeur n’est surtout pas l’habit que l’on porte sur nous, mais cette peau que l’on doit respecter à fond. » Ainsi, « Because of you », première exposition solo de Maya Alameddine en dehors de son foyer tripolitain, vise à « présenter au public une multitude de facettes de mon travail et des thèmes que j’aborde ». « Avec le temps, je me suis créé un esprit de travail que je souhaite garder, non commercial, pour une cause sociale à plaider. »

C’est ainsi qu’elle s’est proposée pour aider himaya à récolter des fonds : « De nouveau, c’est une histoire de tabou social. L’ONG plaide pour l’enfance en danger, et avril est le mois de la sensibilisation contre l’abus psychique, physique et sexuel des enfants. On a tous été des enfants, on a tous été endommagés par la vie et la société d’une façon ou d’une autre, on a tous des enfants qu’on doit sauvegarder puisqu’ils sont l’avenir… J’ai donc choisi de réaliser une collecte de fonds, ainsi qu’une initiative de sensibilisation, au travers de ma vision photographique et de ma traduction du quotidien en faveur de himaya. »

Une première pour l’organisation, qui a plus l’habitude que les artistes lui donne leurs œuvres afin qu’elle les vende aux enchères plus tard lors de son dîner de gala annuel, ou d’événements spéciaux. Cette collaboration avec Maya Alameddine « a été plus qu’un succès », révèle Kim Heshmé, en charge de la communication de himaya. « Gardez à l’esprit que, dans le monde des ONG, le succès se mesure non seulement par les fonds que vous soulevez, mais aussi par les gens que vous avez été en mesure d’atteindre. En ce sens, notre collaboration a été très fructueuse car le nom de l’association a été mentionné sur différents médias, et notre stand lors de l’événement nous a permis de communiquer avec le public et lui faire connaître himaya, ainsi que nos activités. Maya Alameddine est une personne très généreuse et socialement active qui a soutenu notre cause de manière inconditionnelle et himaya en est très reconnaissante. »

L’art peut servir également d’une autre manière, à en croire Kim Heshmé : « L’art peut aider les enfants à surmonter les traumatismes causés par les abus qu’ils ont endurés. Dans notre “centre de resilience”, qui abrite des adolescents âgés de 12 à 18 ans, nous nous concentrons sur l’art-thérapie dans le cadre du traitement que nous offrons. » Avant d’ajouter ce message à destination des artistes libanais : « Je pense qu’ils ne connaissent pas exactement les moyens immenses à leur portée, dont ils peuvent user pour aider les ONG et d’autres entités dans le besoin. »

L’ONG himaya est joignable sur Facebook. Si quelqu’un est témoin d’un abus d’enfant, il lui est possible d’appeler le 03 414 964 ou de se rendre sur cette plate-forme.

Florence Massena