Construit à partir du Xe-XIe siècle durant la période fatimide, le Château de Beaufort, près du village d’Arnoun dans le Sud, a été occupé militairement jusqu’au 24 mai 2000, quand les Israéliens ont quitté la zone. Le jour même, une équipe de la Direction Générale des Antiquités, inquiète de l’état de destruction du monument, venait inspecter les lieux. Après plusieurs études archéologiques, une longue recherche de financements, une restauration et une mise aux normes touristiques, le château s’apprête désormais à accueillir les visiteurs.

« Les Israéliens avaient construit des fortifications autour du château, mais grâce à l’intervention des Nations Unies et de différents pays comme la France, ils n’ont pas détruit l’intérieur, explique Ali Badawi, responsable du Sud du Liban pour la DGA. Nous avons donc réalisé une étude pour connaître le budget nécessaire à sa restauration, trois millions de dollars environ, tout en nettoyant les lieux et en installant des balustrades temporaires pour que les visiteurs puissent venir en toute sécurité, avec l’aide de l’Association Nationale pour la Protection du Patrimoine du Sud-Liban. » En 2007, la gestion administrative du projet est déléguée au Conseil du Développement et de la Reconstruction, qui lance un appel d’offres pour ajouter au 900 000 dollars débloqués par la DGA. Trois ans plus tard, le Fond Koweïtien donne deux millions de dollars, et le CDR complète avec 400 000 dollars. « Il s’agit de 90 % de conservation, et seulement 10 % de restauration, estime Jean Yasmine, responsable des projets archéologiques au CDR. Nous avons essayé de conserver au maximum et de restaurer au minimum, afin de garder l’authenticité des lieux. Nous avons reconstruit quelques parties manquantes en nous basant sur des photographies très précises : la tour maîtresse carrée, la porte principale et la grande salle du château-bas, qui va devenir la salle d’exposition. Certaines portes et voûtes ont aussi été consolidées pour la sécurité des visiteurs. Maintenant, on sent que l’on se balade dans l’Histoire ! »

Des recherches ponctuées de découvertes

Les travaux se sont découpés en trois parties : l’excavation archéologique, la conservation et la restauration ainsi que, plus récemment, la réhabilitation touristique. La première phase a donné lieu à une découverte de taille selon Ali Badawi : « Nous avons localisé la plus ancienne tour, qui se trouvait là avant même l’arrivée des Croisés en 1139, ce qui fait remonter la construction du château à la période fatimide. Cette découverte a enrichi notre connaissance de l’Histoire des lieux. » Les fouilles ont également mis à jour les pierres du mur le plus faible, là où se sont déroulées la plupart des invasions militaires, des projectiles de catapultes, des balles, des roquettes modernes, dont une qui n’a pas explosé et est conservée in situ, en tant que trace de l’Histoire moderne de la forteresse. « La plupart des objets trouvés correspondent à son usage du militaire, du fait de sa position stratégique, mais nous avons aussi mis à jour des objets correspondant à la vie quotidienne, comme des ustensiles de cuisine. »

Un patrimoine important pour tous

Après cinq ans de fouilles et de restauration, la construction du centre des visiteurs touche désormais à sa fin. « Le Château de Beaufort n’attend plus que le moment de devenir l’une des attractions touristiques les plus importantes du pays, estime le responsable du Sud-Liban. Il ne nous faut plus qu’une période d’accalmie et de paix pour que les visiteurs reviennent. » Des panneaux d’informations sur l’Histoire et des photographies grand format des objets trouvés sont installés partout dans les 1300 de parcours muséographique que comporte le monument, notamment dans le centre des visiteurs, qui dispose d’un accès handicapé et d’informations sur la genèse des travaux. Un film documentaire réalisé par Bahij Hojeij sera également disponible au public d’ici peu.

Pour Jean Yasmine, il s’agit d’un patrimoine historique de valeur : « Le château a été construit par les uns et les autres, et tous peuvent se l’approprier. On y retrouve des traces de toutes les périodes, de toutes les confessions, et de nombreux pays. Malgré une forte dominance islamique de l’architecture, je vois quelque chose de positif dans le fait que l’on présente toutes les cultures ayant occupé les lieux. Je souhaite que l’on considère ce patrimoine comme un message de paix, de tolérance et de vivre ensemble. »

Florence Massena