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À l’initiative du Anti-Racism Movement, le MCC de Beyrouth offre aux travailleurs migrants un espace d’accueil, de solidarité mais également de formation. En marge d’une mission de volontariat, Gaëlle y intervient régulièrement en tant que professeur de français.

Gaëlle réside cette année au Liban dans le cadre d’un volontariat. En marge de sa mission de professeur de français à Jiyeh, elle intervient également certains dimanches au MCC (Migrant Community Center) de Beyrouth. « Il manquait à mon poste [au sein de l’École Saint Charbel à Jiyeh, où des volontaires se succèdent depuis une dizaine d’années] cette dimension sociale, engagée, à laquelle on nous conditionne avant le départ », explique la jeune Française, issue du programme de volontariat de la DCC (Délégation Catholique pour la Coopération). C’est l’une de ses collègues qui lui a parlé du MCC. « En arrivant au Liban je n’avais même pas conscience de la situation que connaissent ces travailleurs migrants. Cette dernière peut en effet paraître secondaire dans un pays qui dénombre aujourd’hui plus d’un million et demi de réfugiés en situation de crise humanitaire ; elle n’en demeure pas moins déplorable. »

Ce dimanche seulement deux de ses élèves sont là pour l’accueillir, toutes deux originaires d’Éthiopie. D’autres suivront peu à peu, à leur rythme : une Éthiopienne encore, une Sénégalaise, arrivée récemment au Liban, mais aussi trois jeunes hommes soudanais. Si le niveau est extrêmement disparate – trois d’entre eux parviennent à peu près à s’exprimer alors que d’autres ont à peine quelques notions de l’alphabet latin – la bonne humeur compense largement. Gaëlle, qui suit en parallèle à son volontariat une formation à distance de FLE (pour l’enseignement du français en tant que langue étrangère), s’efforce avec talent d’adapter ses questions au niveau de chacun, les meilleurs aident patiemment leurs camarades, et chacun rit bien volontiers des erreurs des uns ou des autres, le tout dans une ambiance extrêmement joyeuse et détendue. Entre-temps les locaux se sont progressivement animés avec l’arrivée de nombreux visiteurs, qui se préparent pour les autres cours de la journée ou viennent simplement retrouver leurs amis – le dimanche étant pour la plupart le seul jour de repos, voire le seul espace de liberté. « Ce rendez-vous hebdomadaire est l’occasion pour ces gens, qui vivent généralement dans l’ombre des appartements de leurs employeurs, rasant les murs la tête basse, de se réapproprier leur dignité. Ils rient, veulent apprendre de nouvelles choses, se font beaux, parlent de sujets légers et drôles », poursuit Gaëlle, tout sourire. « Ici, au MCC, il peuvent enfin mettre de côté leur rôle de domestique pour laisser s’exprimer pleinement leur personnalité. » Et quelle personnalité ! Couleurs vives, coiffures et manucure à outrance, discussions enflammées (souvent dans leur langue maternelle), tenues « chic » ou au contraire décontractées, sont autant de marqueurs de cette libération, de cette revanche hebdomadaire sur un quotidien bien fade. « Ces gens auraient beaucoup à nous apprendre en terme de résilience et de joie de vivre », conclut la volontaire.

À l’initiative de l’ONG libanaise Anti-Racism Movement, le MCC de Beyrouth a vu le jour en 2011 dans le quartier populaire de Nabaa, avant de déménager trois ans plus tard pour ce local qu’il occupe aujourd’hui dans un immeuble au cœur de Gemmayzé. Une équipe de militants libanais travaillant en étroite collaboration avec les migrants permettent à ce lieu d’accueil d’ouvrir ses portes tous les jours – de 16 h à 20 h en semaine et toute la journée durant les week-ends. S’y retrouvent régulièrement, dans une ambiance détendue et chaleureuse, les ressortissants d’une multitude de pays d’Afrique ou d’Asie du Sud-Est. Si l’association dénombre à ce jour deux-cent quatre-vingt-seize membres, les services que propose le MCC sont ouverts à tous. L’association offre ainsi des cours de langues (anglais, français et bientôt arabe) mais également d’informatique, de musique, entre autres initiatives plus ponctuelles telles que des ateliers cuisine ou encore une initiation au yoga. Autant d’activités dispensées soit par les membres eux-mêmes soit par la douzaine de volontaires qui, comme Gaëlle, interviennent régulièrement dans les locaux. S’étant donné pour mission de fournir aux travailleurs migrants les moyens et outils visant à améliorer leur condition, l’association met également à leur disposition un service de garderie. Enfin, les responsables s’efforcent d’organiser, à raison d’une fois par mois environ, une sortie touristique à la découverte de ce petit pays dans lequel ils vivent souvent depuis plusieurs années mais qu’ils ne connaissent guère.

Le MCC recherche en permanence de nouveaux volontaires pour dispenser des cours, initier à une activité originale (danse, musique…), encadrer des workshops, animer des campagnes de sensibilisation, ou pour toute autre initiative allant dans le sens de l’enrichissement personnel et collectif de ses membres. Toute personne intéressée est priée de contacter l’équipe : mccbeirut@gmail.com. À noter qu’une antenne du MCC vient de voir le jour à Saïda le mois dernier, qui aurait elle aussi bien besoin de renforts.

Paul Jouanny