La musique apaise les mœurs, selon un proverbe populaire. Pour l’équipe de l’organisation à but non lucratif LeBAM, le proverbe prend un sens pratique. Depuis 2008, son fondateur Ghassan Moukheiber, membre du Parlement, et d’autres, s’appliquent à développer un programme d’enseignement de musique aux jeunes Libanais entre 10 et 18 ans à Beit Mery, Baskinta, Baakline et Tripoli.

Dans les quatre centres ouverts par LeBAM, environ 400 jeunes des écoles publiques et milieux défavorisés peuvent apprendre, gratuitement, à jouer d’instruments en cuivre, à vent, et de percussion. Ceux-ci sont le fruit de donations, dont l’association a cruellement besoin pour continuer ses activités et espérer ouvrir d’autres espaces. « Notre but est de promouvoir et développer la musique au Liban, au travers de cours mais aussi de création de groupes et d’ensembles », décrit Antoine Rayess, directeur de la branche du Chouf et coordinateur national. « Nous travaillons avec un large réseau d’individus et d’organisations partenaires publiques et privées, locales mais aussi internationales, principalement avec le Conservatoire National. » Leur but est de parvenir à ouvrir six autres espaces, animés par leurs anciens étudiants : « En 10 ans, nous pourrions avoir une communauté bien éduquée et vivant en paix grâce à la musique. » Pour lui, plus qu’un divertissement, c’est un langage universel, « meilleur conducteur vers la créativité et le dialogue interculturel, et qui devrait faire partie de l’éducation de chacun. La musique permet de devenir des membres épanouis de la communauté, et fournit d’importants outils et valeurs pour le développement, la diversité et la citoyenneté. »

Du jazz à la musique du monde en passant par le classique et la musique arabe, LeBAM tend à dépasser les traditions culturelles grâce à la formation de bandes, pour lesquelles il n’existe pas de compositions originales. L’organisation travaille ainsi avec des compositeurs et des arrangeurs musicaux, qui réadaptent les mélodies aux instruments. Chaque année, un concert permet de rendre hommage aux grands noms de la musique libanaise, tels que Zaki Nassif, les frères Rahbani, Halim el Roumi et bien d’autres, avec l’aide de tous les partenaires actifs du projet. L’association organise aussi un Summer Band Camp, qui permet de regrouper des enfants de différentes régions et origines, ce qui permet selon Antoine Rayess de « développer l’harmonie, le dialogue et la paix sociale ». Les groupes représentant LeBAM, les Bandes Harmoniques, réalisent différents concerts pendant l’année, pour la famille et les amis mais aussi dans des maisons de retraite, des écoles, dans la réserve du Chouf ainsi que lors de festivals et à l’étranger, principalement à Genève. « Le plus important pour nous est que tous nos ensembles soulignent leur but non lucratif et leur nature apolitique : aucun groupe n’a l’autorisation de participer à des activités ou événements politiques, en plus des funérailles, mariages et dîners. » En parallèle des activités d’éducation et de promotion musicale, LeBAM s’est également engagé dans la constitution d’une bibliothèque de musique publique au CLAC de Sin El Fil, comprenant déjà dans les 4000 documents, et dans la pérennisation dans le temps du Festival Annuel des Bandes, projet lancé en 2011 mais abandonné depuis. Enfin, l’équipe travaille sur l’idée d’une compétition annuelle régionale récompensant les meilleurs artistes, et sur le développement de l’apprentissage de la musique dans les écoles publiques libanaises.

Plus qu’une école de musique, une famille

Derrière ce programme ambitieux se cachent des jeunes à qui l’association a, d’abord, permis de se trouver, et de se découvrir une passion. Elie Nehmé, ancien étudiant devenu professeur à LeBAM, étudiait déjà la guitare au Conservatoire National avant de découvrir l’association : « À l’école, les gens parlaient de cours gratuits, d’instruments nouveaux, d’un orchestre, cela m’a rendu curieux. J’ai commencé par la trompette, avant de passer au trombone puis à l’euphonium à cause de la taille de mes lèvres. Et parce que je suis grand, on m’a fait découvrir le tuba, qui m’a d’abord ennuyé puis impressionné. J’ai atteint un niveau où je pouvais jouer avec douceur… C’est comme quand une femme est enceinte, elle nourrit en même temps son bébé, ici c’est la même chose : vous respirez pour vous et pour la musique, c’est une impression que seuls les instruments à vent peuvent vous procurer. C’est aussi un moyen d’exprimer ce que vous ressentez. »

Au-delà de ses découvertes musicales, il considère LeBAM comme une famille « de jeunes musiciens passant du bon temps ensemble, à relaxer ». C’est pour cette raison, et son addiction aux répétitions hebdomadaires, qu’Elie est resté et a intégré le centre de Baakline une nouvelle fois, mais en tant que professeur. « Ils n’avaient pas le choix, car les joueurs de tuba sont rares au Liban, explique-t-il en riant. J’ai pu m’occuper des débutants, et je suis fier de dire qu’ils ont été formidables lors de leur premier concert l’an passé. Je pense que j’arrive mieux à les atteindre, à les comprendre, car il n’y a pas si longtemps que ça, j’avais les mêmes problèmes qu’eux, on est amis au fond. »

Florence Massena