Rita Khawand, comédienne de formation, a fondé la communauté SOILS en 2014 après avoir remporté un concours d’entrepreneuriat social organisé par arcenciel et Beyond Reform and Development. Son but est de développer la permaculture, concept scientifique basé sur la cohésion des cultures, des habitats et des systèmes agricoles humains pour un développement raisonné.

Un an après le lancement de la première association dédiée à l’implantation de la permaculture au Liban, SOILS a réalisé de nombreux ateliers sur des thèmes tels que l’apiculture, l’écoconstruction, les énergies renouvelables, le compost, ou encore les usages des herbes. L’une de ses principales réussites est le lancement du Certificat de Design en Permaculture (PDC), qui intéresse des urbanistes, ingénieurs agronomes, photographes, et même travailleurs sociaux, soucieux de mieux équilibrer leur environnement et vivre plus sainement. L’objectif de tout ça, et de la permaculture en général, selon Rita Khawand, est de « créer, à travers une conception réfléchie et efficace, des communautés humaines respectueuses de la Nature et des Hommes ».

Des activités concrètes

Leur dernier projet s’est déroulé sur 16 jours en février à Qoussaybé, en coopération avec Mercy Corps, après un appel pour un stage autour de l’agriculture durable pour les paysans : « Le but du stage est d’introduire des paysans de petite et moyenne échelle à l’approche de l’agriculture durable, soit comment produire plus avec moins d’apports extérieurs, et en respectant la nature et tous ses éléments. » L’atelier a réuni 17 participants, dont 16 femmes, des paysans qui ont ou louent des terrains où ils cultivent des légumes, oliviers, agrumes, et du tabac, production la plus importante de cette région du Sud-Liban. « La plupart d’entre eux utilisent les pesticides et engrais chimiques d’une manière très aléatoire et intensive, explique Rita Khawand. On ne peut pas savoir encore l’impact du stage sur le long terme, mais on voit que les participants ont commencé à changer leur attitude. Par exemple, certains parlent déjà de planter une partie du verger avec un “engrais vert”, et de ne plus labourer la terre pour préserver le sol et diminuer l’évaporation, tandis que d’autres parlent de vouloir commencer le compost. »

Et, sur place, la motivation était à son comble, avec beaucoup de participation de la part des « élèves », commentant le moindre schéma et tâchant avec application de trouver des solutions aux problèmes posés. Tous semblent avoir trouvé des réponses à certaines questions pratiques, mais aussi des idées simples à appliquer pour se faciliter la vie. Ainsi, Zeinab Yassine, la quarantaine et propriétaire d’un terrain où elle fait pousser, entre autres, du tabac, des fèves et des tomates, pense déjà à des cultures alternatives car « le tabac prend beaucoup de temps pour pas grand-chose ». « J’ai appris comment faire du compost et des “lits” sans labourer, un couvert végétal, ainsi que la façon dont on taille et greffe les plantes, ajoute-t-elle. Je souffre de problèmes de dos et je pense voir comment me faciliter le travail, maintenant. »

Un travail relationnel sur le long terme

Cet atelier n’est cependant qu’un début pour les militants de SOILS. « On aimerait travailler sur la diffusion digitale d’une partie des ressources qu’on a pu trouver en arabe si on obtient la permission des auteurs, confie la fondatrice de l’association. Il faudrait aussi garder contact avec les participants du stage et effectuer un suivi. Si quelques participants commencent à appliquer l’agriculture durable sur une partie de leur terrain, on pourrait par exemple partager les résultats. » Le partage des informations et la mise en réseau sont en effet deux pierres angulaires du projet global : « Comme on travaille surtout sur la sensibilisation et le renforcement des capacités, il est difficile de parler de résultats concrets, mais depuis le premier PDC plusieurs réseaux de collaboration ont été lancés. Certains participants pensent à une colonie d’éducation écologique pour les enfants, d’autres à un écovillage, etc. » L’équipe a aussi pu prendre contact avec les agriculteurs du village de Saidoun et ses alentours, avec lesquels elle réfléchit à un projet de culture adapté au climat local et alternatif au tabac, comme des plantes aromatiques. « Avec le stage, nous avons pu rencontrer des paysans de Nabatiyeh, mais actuellement on préfère approfondir la relation avec ceux que l’on connaît déjà pour pouvoir assurer un suivi. »

Mais les idées sont encore nombreuses : « Dans le village de Saidoun, on aimerait établir, dans la maison la plus ancienne du village, un genre d’éco-musée autours des abeilles, qui servirait de centre d’activités créatives et écologiques et de point de vente de produits du village. Le projet vise à créer des opportunités de travail pour les locaux, en se basant sur la biodiversité, le respect et la préservation des ressources locales. » Pour mener à bien tous ces projets, Rita Khawand espère trouver un sponsor, mais compte principalement sur l’autofinancement, entre les activités et services fournis. Du durable, en fin de compte !

Pour plus d’informations sur SOILS :

Sur Internet

Sur Facebook

Florence Massena