Avant de devenir une ONG en 2002, T.E.R.R.E. Liban était une association de Libanais motivés par la sauvegarde de leur environnement. Dès 1995, Paul Abi Rached et des amis professeurs des écoles lancent deux opérations : « Papivore malin », un projet de tri du papier à l’aide de bennes adaptées dans 500 écoles, et la préservation de la forêt de Baabda, menacée par un projet d’autoroute. 20 ans plus tard, leurs activités sont toujours nécessaires, car la forêt n’est toujours pas tirée d’affaire.

T.E.R.R.E. Liban, soit « Tentons Ensemble de Réaliser un Rêve pour nos Enfants », c’est d’abord une organisation dédiée à l’éducation sur l’environnement et à la diversité écologique. « J’étais scout, et j’ai toujours été sensible à la Nature, mais ce qui m’a réellement poussé à fonder une association est la lecture de livres sur l’éducation à l’environnement, sujet alors inexistant au Liban, explique Paul Abi Rached, fondateur de l’ONG. J’ai fait des études de droit, donc j’ai toujours eu le sens de la justice je suppose. Et l’environnement, c’est la cause qu’il me fallait. » En parallèle de projets d’éducation et de mise en place d’un système de recyclage dans des écoles et des municipalités, lui, des amis et des volontaires, se sont intéressés à la question de la forêt de Baabda.

« Il existe un projet d’autoroute qui menace de faire disparaître la forêt, alors dès 1995 nous avons commencé à rassembler des gens et à réaliser des études sur l’impact environnemental du projet, mais aussi sur la forêt elle-même, raconte Paul Abi Rached. À la fin de la guerre, c’était devenu un lieu chaotique où les chasseurs, les déchets et les bergers se partageaient l’espace, donc nous avons réalisé un concert de levée de fonds afin de le réhabiliter. » Protection, sensibilisation, invitation de gens des environs à découvrir la forêt, sont autant d’actions qui sont menées depuis par l’ONG. Encore aujourd’hui, l’avenir de la forêt n’est pas assuré. « Nous l’avons protégée contre les incendies lors de l’été 2014, nous invitons des écoliers à venir visiter, et nous avons même réalisé récemment une petite manifestation car un responsable de la Municipalité de Baabda a proposé d’y jeter les déchets ! La communauté active pour la protection du lieu, de Baabda mais aussi des environs et de Beyrouth, des amis et des militants, se sont rassemblés très rapidement. » En 24 heures, le projet a été annulé, au grand soulagement des activistes.

Mais pourquoi tant d’énergie pour protéger cette forêt ? « Une étude réalisée par des botanistes a révélé qu’elle contient 425 espèces de plantes différentes sur 10 hectares, dont environs 35 arbres, ce qui démontre une biodiversité très riche, de l’ordre de 42,5 par hectare, souligne le fondateur de l’ONG. En comparaison avec la réserve naturelle du Chouf par exemple, de l’ordre de 0,03 espèce par hectare, on peut parler d’un petit musée botanique à deux pas seulement de Beyrouth ! » Il s’agit en effet d’un espace naturel péri-urbain, situé à 30 minutes de la capitale libanaise.

Cependant, le projet de route est toujours là, et la préservation de la forêt pas encore assurée, « mais nous, on est toujours là », rassure l’activiste. T.E.R.R.E. Liban prépare actuellement un nouveau plan, pour les 20 ans à venir, à proposer aux propriétaires de l’espace, les Pères Antonins. D’ici un mois, l’étude devrait leur être soumise. « Il s’agit d’un projet écotouristique pour la protéger, mais aussi pour permettre aux propriétaires de gagner un peu d’argent. C’est un terrain privé, donc on essaye de faire en sorte que tout le monde gagne, une sorte de “commerce vert” si vous préférez. L’important, c’est que l’on puisse protéger tout en développant et en ouvrant le lieu à de nouvelles idées. »

Florence Massena