progreen

Le « Pro-Green Diploma » provient d’un fonds de l’Union européenne, accordé en 2012 à l’AUB, mais aussi à l’Université Américaine Libanaise (LAU) et à l’Université Américaine du Caire, pour un programme joint sur les technologies dites « vertes », avec un intérêt particulier pour les énergies renouvelables, les constructions écologiques et les ressources en eau. Après 36 mois de travail, la formation, uniquement accessible en ligne, a été officiellement lancée en février 2015.

Trois universités, deux libanaises et une égyptienne, sont impliquées dans le projet de « Pro-Green Diploma », ainsi qu’une dizaine d’organisations méditerranéennes spécialisées en sciences et en développement durable. Au programme : gestion de l’énergie, de l’eau, construction écologique, tout pour satisfaire la moindre curiosité. Au premier semestre, des nouveaux cours auxquels pas moins de 24 étudiants se sont inscrits, puis 30 cet été, et ce n’est qu’un début. « Les volontaires viennent du Liban, d’Arabie Saoudite, de Dubaï, des États-Unis, d’Égypte, de Jordanie, et même d’Espagne, souligne Dr Nesreen Ghaddar, directrice du projet. Beaucoup d’entre eux sont des professionnels, architectes, ingénieurs, scientifiques ou encore enseignants, qui souhaitent apprendre quelque chose de différent. Cela les aide à accéder à des ressources, mais aussi à des savoirs solides et fiables. »

Ainsi, Mahmoud Harb, Américano-Libanais, ayant travaillé dans l’industrie pétrolière aux États-Unis et étant revenu au Liban en espérant changer de voie, dit s’être toujours intéressé à la question de la durabilité : « Quand j’ai décidé de réaliser un diplôme en ingénierie mécanique, j’espérais trouver un emploi dans le domaine des énergies renouvelables. Mais comme j’ai étudié à Houston, au Texas, la grande majorité des places disponibles concernait le secteur pétrolier. » Pragmatique, il décide de se donner une chance d’avancer par cette voie, et y passe quatre ans. « Puis j’ai découvert l’existence de ce diplôme, et j’ai senti que c’était une bonne opportunité pour utiliser mon expérience dans le domaine de l’énergie pour me diriger vers l’écologique, raconte-t-il. Je pense qu’il existe de nombreuses opportunités, au Liban et dans la région, pour améliorer la question de durabilité et avoir un impact positif pour l’avenir. » Le jeune homme a ainsi choisi de se spécialiser en énergie et en construction vertes, domaines qu’il connaît déjà et qui revêtent une importance majeure pour le développement du Liban. Mais, au-delà d’une perspective professionnelle, il s’agit d’un engagement plus personnel : « Depuis que j’ai commencé ce diplôme, je me suis mis à appliquer des principes de durabilité dans ma vie de tous les jours, et à voir les choses avec une perspective différente. J’ai aussi beaucoup appris et pu rencontrer des gens ayant les mêmes centres d’intérêt que moi, ce qui est très intéressant. »

L’énergie, source de tous les problèmes et développements

Ce diplôme a été pensé comme une manière de faire face aux défis de la région, notamment énergétiques. « L’énergie est la source de tous les problèmes ici, estime Dr Nesreen Ghaddar. Cela fait partie du développement économique, mais il faudrait trouver des solutions alternatives au pillage des ressources. Les changements climatiques, la pression de trouver des standards pour préserver l’énergie, sont des facteurs-clés d’un intérêt mené par le marché et l’économie. Nos architectes et ingénieurs libanais ne sont peut-être pas des modèles du genre, mais ils bâtissent dans toute la région… Au travers d’eux, et de cette formation, on pourrait établir des standards et avoir la possibilité d’améliorer durablement la situation. Par exemple, ici, les bâtiments engloutissent 83 % de l’énergie nationale, au détriment des industries, alors qu’elles fournissent revenus et développements ! » Sur le long terme, l’équipe espère pouvoir accéder à un niveau institutionnel dans la région, afin que ces efforts et changements ne restent pas isolés.

Autre message écologique, les cours et ressources sont entièrement disponibles sur Internet, « ce qui évite d’avoir à louer un appartement au Caire ou à Beyrouth, et de se retrouver bloqué dans le trafic, c’est moins polluant et plus accessible géographiquement », souligne la directrice du projet. L’idée s’est imposée au début du travail des trois universités, bloquées par des considérations pratiques : « C’était un challenge très intéressant, nous avons dû développer tout un système en ligne, former le personnel, le penser de manière intelligente. » Désormais, les étudiants ont même accès à une sorte de plate-forme virtuelle d’échange, qui a poussé à l’esprit d’équipe et à la mise en commun non seulement des connaissances, mais aussi des contacts professionnels. « La plupart des cours sont basés sur des projets pratiques, qui peuvent souvent être initiés sur le terrain par les étudiants, précise-t-elle. On peut passer de la théorie à la pratique très rapidement. »

Ce premier diplôme en ligne n’est qu’un début, pour l’équipe de direction. « On pourrait développer le concept pour d’autres universités et d’autres cursus, et aussi l’ouvrir aux jeunes encore non-diplômés, imagine Dr Nesreen Ghaddar. Il faudrait aussi travailler avec le ministère de l’Éducation, pour une reconnaissance des acquis de cette formation, et aussi avec les entreprises, pour la rendre obligatoire. »

Florence Massena