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Sportif accompli (bien que sur le tard), Micky Chebly a choisi une manière originale de célébrer ses 50 ans : il partira le 26 mai de Paris pour parcourir en un mois les 4 000 km qui le séparent de Beyrouth. Un défi sportif qui devrait lui permettre de récolter 300 000 dollars, pour soutenir la cause de trois associations libanaises. Portrait d’un mécène au grand cœur.

Micky Chebli n’est pas un sportif de longue date. Père de famille, il mène une vie confortable, rythmée par un poste à haute responsabilité dans la finance et l’éducation de ses deux jumeaux, Marc et Yann. L’année 2009 marque cependant un tournant : en plein crash boursier, soumis à un stress sans précédent au travail, il ressent le besoin de lever le pied. À 43 ans, Micky Chelbi se prend subitement de passion pour le sport. La course à pied d’abord, à l’invitation d’un ami d’enfance ; à tel point que la même année, après avoir perdu une douzaine de kilos, il court à Beyrouth son premier marathon ! Mais également le cyclisme, pratiqué au sein d’un groupe qui parcourt régulièrement le Liban et réalise chaque année une excursion d’une semaine dans une région d’Europe : la Corse, les Alpes, la Toscane ou encore la Slovénie… Rien de comparable cependant avec ce véritable défi qu’il se lance aujourd’hui : plus de 4 000 kilomètres à travers la France, l’Italie, la Grèce et la Turquie pour rallier Paris à Beyrouth en un mois. Soit une moyenne de 135 kilomètres par jour, avec en prime un dénivelé conséquent. « Cela correspond à ce que nous réalisons régulièrement avec le groupe », tempère ce néophyte que rien ne semble pouvoir arrêter – et certainement pas ceux qui cherchent à le dissuader. Si l’unique incertitude concerne sa capacité à tenir ce rythme sur la durée, Micky fait confiance à son mental de marathonien.

Inspirer les jeunes
Il s’agit au départ d’un projet tout à fait personnel : l’an passé, Micky Chebli a quitté son emploi, « trop exigeant, trop stressant », et aurait bien pris une année sabbatique s’il n’y avait la scolarité de ses enfants, avec lesquels il a noué une véritable complicité. Pour ses 50 ans, il cherche à marquer le coup. À prouver qu’il peut encore relever ce genre de défi, aussi, non pas tant à lui-même qu’à ses enfants, qu’il espère « inspirer » : « Si vous rêvez de réaliser quelque chose, ne laissez personne, même pas moi, vous dire que c’est impossible. » Tel est le message qu’il souhaite transmettre, non seulement à ses fils mais à beaucoup d’autres jeunes, en manque d’inspiration dans ce pays « très difficile » qu’est le Liban. C’est pourquoi il intervient dans des écoles telles que Jamhour (où Marc et Yann sont scolarisés) : non pas pour y trouver des financements mais pour donner envie aux jeunes, leur montrer qu’à cœur vaillant rien d’impossible. Joignant l’acte à la parole, il est rentré précipitamment en novembre dernier du marathon de New York pour participer dans la foulée à celui de Beyrouth, à l’occasion duquel il dirige depuis deux ans une équipe de jeunes, les entraînant pendant trois mois avant qu’ils ne s’alignent au départ du marathon. « Je suis un père de famille, pas une star. Je suis là pour vous parler de mon aventure, et vous dire que si moi, un vieux schnock de 50 ans, peux faire ça, croyez-moi vous pouvez le faire. »

Un challenge au service d’une triple cause
Si c’est de cyclisme qu’il est question aujourd’hui, le sportif se livre depuis plus d’un mois à une autre forme de marathon, dont il a moins l’habitude en revanche : la campagne marketing nécessaire à son projet. S’étant rapidement rendu compte qu’il pouvait joindre l’utile à l’agréable, Micky compte déjà quelques levées de fond à son actif, réalisées en courant le marathon de Beyrouth. La dernière en date a permis de récolter quelque 28 000 dollars, « en à peine 3 h 30 de course », s’amuse-t-il. Dans ces conditions, « pourquoi ne pas faire ça à plus grande échelle ? »
La précédente levée de fond était déjà en faveur de l’association Oum el Nour, au sein de laquelle sa femme Monique intervient régulièrement. Engagée depuis 1989 dans la prévention et le traitement de l’addiction à la drogue, cette ONG a mis en place un programme très coûteux : 18 mois sont nécessaires à une complète réhabilitation du patient, pour lequel il faut compter entre 1 000 et 1 500 dollars de frais mensuels. « Ces gens ne sont pas tombés dans la drogue par choix, leur addiction est souvent due à des problèmes de famille », explique un Micky Chebli convaincu, qui soutiendra cette fois encore Oum el Nour. Mais cette dernière ne sera pas la seule bénéficiaire du mécène. En effet, l’ampleur du projet autorise à se montrer ambitieux concernant ses retombées financières. Confiée aux soins experts de sa belle-sœur Danielle Rizkallah, de sa femme Monique et de deux amies également du métier, la campagne de levée de fonds est dans de bonnes mains, et affiche hardiment un objectif de quelque 300 000 dollars. Une somme dont Micky a choisi de faire bénéficier également Myschoolpulse, qui fournit à 120 enfants libanais hospitalisés un enseignement scolaire adapté grâce à un réseau d’enseignants et de thérapeutes, et Petits Soleils, qui depuis 1997 dispense des soins gratuits aux jeunes nécessiteux de tout le pays. Deux causes qui touchent personnellement ce père de famille : la première a été fondée par Mireille Nassif, une ancienne collègue de travail qui a perdu son garçon, Paul, « rayon de soleil » décédé du cancer à l’âge de onze ans ; la seconde par Noha Baz, la pédiatre de ses enfants, qui ouvre sa clinique deux fois par semaines à des soins gratuits pour les plus pauvres.

De nature plutôt discrète, Micky confie qu’il « déteste tout ce qui est pub » et qu’il a « hâte d’arriver à Paris, loin des médias », pour décompresser avant le grand départ de jeudi. Surpris par l’engouement que suscite le projet, et conscient de l’importance d’un volet marketing qui lui a déjà permis de récolter 125 000 dollars avant même son départ, il s’y prête cependant de bonne grâce : c’est « pour la bonne cause ». Sa famille, qui va lui manquer, sera une motivation supplémentaire pour atteindre son objectif : « Partir de Beyrouth vers Paris n’aurait pas produit le même effet », confie ce père de famille aimant, qui peut décidément compter sur un entourage précieux. La grande famille libanaise dont il gère aujourd’hui le patrimoine s’est avérée l’un des plus gros sponsors de l’aventure, au cours de laquelle Micky sera suivi de près par son ami Raja Saade, au volant d’un van qui assurera le support technique et médical. Enfin, plusieurs de ses amis se sont d’ores et déjà portés volontaires pour parcourir avec lui différents tronçons du parcours. Et pour ceux qui douteraient encore de la générosité de notre (presque) quinquagénaire au grand cœur, tous les frais du périple, équipement et publicité compris, estimés à 30 000 dollars, seront à sa charge. Départ le 26 mai.

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À noter que vous pouvez vous aussi joindre l’utile à l’agréable en réservant au restaurant Meat the Fish (Saifi Village) chaque jeudi du mois de juin, dont les recettes seront reversées à la campagne de Cyclist of Life.

Paul Jouanny