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Bien qu’aucune loi ne puisse être pour le moment votée au Parlement du fait de la vacance présidentielle, celle proposée par Animals Lebanon, avec le soutien du ministère de l’Agriculture, attend bien au chaud dans les tiroirs. Pendant six ans, l’association a œuvré à la conception d’un texte performant et innovateur, au service du bien-être des animaux, mais aussi des citoyens libanais.

L’idée d’un projet de loi sur la protection des animaux est née en septembre 2009 dans les bureaux d’Animals Lebanon, après la participation de l’ONG à un atelier organisé par l’Union Européenne sur l’amélioration des législations des pays frontaliers. « Nous avons réalisé qu’il n’y avait aucune loi concernant les animaux, explique Jason Mier, directeur exécutif de l’organisme. Nous sommes allés en parler au ministre de l’Agriculture de l’époque, qui nous a assuré que notre question était « éthiquement et moralement correcte », mais qu’il n’avait pas les moyens légaux d’y répondre. Il nous a dit de rédiger un texte, et qu’il le soutiendrait. » Après d’intenses recherches légales, au Liban, dans la région et au sein de l’Union Européenne, l’équipe se met au travail, n’oubliant pas d’envoyer l’avant-projet à des experts sur la question pour l’améliorer. En novembre 2011, la version finale est envoyée au ministère de l’Agriculture, qui forme un comité afin de revoir la proposition. « Nous avons passé presque un an à travailler avec l’équipe du ministre, c’était à la fois frustrant et fantastique car, au fil du temps, ils ont mieux compris l’intérêt du projet, et l’ont même renforcé, souligne Jason Mier. Nous l’avons ensuite fait connaître du public afin d’avoir l’avis des citoyens concernés, avant de le soumettre au Conseil des ministres. » Six ministres se penchent sur la question et, le 4 février, tous s’accordent sur un vote positif, en respect de deux conventions internationales : celles de l’Organisation Mondiale de la Santé Animale et de la CITES. « Maintenant, nous attendons juste que le Parlement soit en mesure de voter, mais nous savons déjà que ses membres nous soutiennent, confie-t-il. Cela nous laisse au final du temps pour peaufiner le texte, et préparer la société libanaise à sa mise en place. Car cette loi a été pensée pour des changements positifs, améliorant notre vie, puisque le bien-être des animaux nous affecte tous ! Nous avons aussi veillé à ce que ne soit pas contraignant pour les personnes potentiellement touchées par cette législation, mais que cette dernière permette de progresser. Et, en un sens, elle est plus avancée que dans certains pays occidentaux. »

Inclure les citoyens dans le processus

La proposition de loi, en elle-même, concerne en particulier les zoos, les animaleries, les cirques, les centres d’élevage, les fermes, les abattoirs et les expérimentations scientifiques, dont l’encadrement serait renforcé, pour le bien-être des animaux mais aussi pour une meilleure hygiène et sécurité alimentaires, et prévoit, entre autres, la mise en place de centres de secours. « Le but n’est pas de fermer des lieux, mais d’aider les gens concernés à s’adapter à la nouvelle législation, détaille le directeur exécutif de l’association. Avant que la loi ne soit votée, nous allons communiquer publiquement sur le sujet, afin que l’on comprenne comment cette loi peut être un bénéfice. La plupart des Libanais n’auront rien à changer à leur vie, car l’abus est totalement évitable. Une petite minorité, propriétaire d’animaux et/ou d’animaleries, ainsi que les personnes impliquées dans la production de viande, pourront au contraire gagner sur le long terme, grâce à des animaux en meilleure santé et de meilleurs produits. Ceux qui maltraitent les animaux le font souvent par ignorance, ce n’est pas une question de mauvaises intentions. Il suffit juste de savoir à quel point cela peut permettre d’améliorer le quotidien. »

Dans cette logique d’inclusion citoyenne, Animals Lebanon a lancé une pétition en ligne, dont l’objectif, 25 000 signatures, a été très vite dépassé. Un livre de signatures a même été présenté aux autorités, afin de « montrer le sérieux et l’intérêt suscité par notre action, mais aussi pour prouver qu’une pétition en ligne peut réellement aider à faire avancer les choses ». Jason Mier tient d’ailleurs à rassurer les partisans de leur cause : « Nous allons suivre l’application de cette loi, c’est notre responsabilité. Même si cela prend des décennies pour changer les mentalités, l’existence de cette proposition de loi est déjà un premier succès. Plein de signes montrent que c’est possible, alors nous sommes très optimistes. »

Florence Massena